Les mues Huang Yong Ping, 2014

Mission | COMMISSARIAT D’EXPOSITION

LES MUES, Huang Yong Ping, 2014

Au pied du pont de Saint-Nazaire, à “la limite transversale de la mer“ (terme administratif mais ô combien poétique désignant la frontière entre espace fluvial et espace maritime), surgit sur une plage de Saint-Brévin, l’immense Serpent d’océan de Huang Yong Ping. L’image laisse imaginer le naufrage d’un monstre dont le squelette apparaît comme issu d’une fouille archéologique. Son mouvement le rend vivant, on devine qu’il est arrivé de l’océan, qu’il a traversé les mers pour venir échouer sa gueule démesurée sur cette plage de l’estuaire.

La ligne de ses vertèbres joue avec la courbe du pont, la manière dont il se pose sur la plage rappelle l’architecture vernaculaire des carrelets, ces petites pêcheries typiques de la côte atlantique. En faisant apparaître sur les rives de l’Europe une des figures majeures de la mythologie chinoise, il pose, comme souvent dans son travail, la question de l’identité, de l’immigration et de l’hybridité culturelle.

Huang Yong Ping convoque très souvent les grands mythes fondateurs de nos civilisations qu’il relit à sa manière dans une volonté de remise en cause de nos certitudes et de dépassement des clivages culturels. Oriental vivant en occident, il affirme dans son statut d’habitant du monde une recherche permanente de l’altérité.

Son intervention dans le pavillon français de la Biennale de Venise de 1999 faisait déjà appel à des figures animales issues des traditions orientales, où chacune d’elles représentait un cataclysme. À la vision idyllique d’animaux rassemblés dans l’immense Arche en papier, à la Chapelle de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, succédait la violence d’animaux empaillés à demi calcinés. On se souvient également de son globe terrestre, épluché comme un fruit et percé de flèches pointant autant de catastrophes naturelles annoncées. La question environnementale est très présente dans son art où il a régulièrement mis à jour le paradoxe de l’homme sciant la branche sur laquelle il est assis, tiraillé entre ses capacités créatrices et ses pulsions destructrices.