Chateau du pé 2011

Mission | RESPONSABLE DE LA PROGRAMMATION ARTISTIQUE

  • La grande question, Charlie Youle et Bevis Martin, photo Charlie et Bevis

CHATEAU DU PE, collectif, 2011

C’est en 1992 que Saint-Jean-de-Boiseau a acquis le Château du Pé et le beau parc boisé de 7 hectares qui l’entoure. Le nom du château, qui date du xviiième siècle, désigne, à l’instar des “Pech“ du sud-ouest, la motte féodale sur laquelle il se dresse. Ayant pour souhait de faire du château un lieu culturel et un gîte d’étape pour les randonneurs, la ville de Saint-Jean-de-Boiseau a fait appel à Estuaire pour l’aménagement de 6 chambres.

Comme une invitation à aborder frontalement la “chambre“, lieu de l’intimité, ce sont six couples d’artistes qui ont été conviés. Certains sont perçus dans le monde artistique comme des entités indissociables, les autres sont des couples dans la vie mais n’avaient jusque là jamais développé un projet en commun.

Un château en tuffeau posé sur une butte, dominant d’un côté une pièce d’eau dans laquelle deux cygnes s’ébrouent et de l’autre les vastes marais de Loire : le cadre évoque d’emblée l’univers des contes de fées. À l’intérieur, un bestiaire fantastique, des meubles cachés dans les cloisons, une fenêtre qui parle, des formes sortant des murs : c’est aussi à la manière du conte qu’on peut aborder les chambres imaginées par les artistes.
Les contes de fées sont l’une des plus vieilles formes d’expression de l’histoire de l’humanité. Outre que ces histoires ont traversé les siècles, elles ont aussi voyagé de bouche à oreille sur toute la surface du globe, s’adaptant aux mœurs et coutumes des sociétés traversées. Se dégage de ces épopées merveilleuses une vision renouvelée de la communauté humaine et de l’individu propre.
À l’instar des contes, les 6 portes des chambres du Château du Pé ouvrent sur 6 univers qui sont autant de lectures du monde que de miroirs sur notre être profond.

BEVIS MARTIN ET CHARLIE YOULE

La Grande Question
Coupe des organes reproducteurs d’une fleur, évolution d’un fœtus de chien, larve de poisson, naissance d’un arbre, coït, le bas-relief qui court sur les murs explore le mystère de la vie. Poursuivant leur analyse de la pédagogie, de la morale véhiculée par l’institution, les artistes ont puisé dans l’imagerie des livres d’école et des ouvrages scientifiques. Les échelles bouleversées où le microscopique devient grand et le grand petit, créent une sorte de jeu de pistes existentiel.

JOHN GIORNO ET UGO RONDINONE

There Was a Bad Tree
Une réplique de la fenêtre de la chambre est apposée sur le mur. Depuis les vitres noires et réfléchissantes, est diffusé un poème de Giorno, figure de la beat generation, There was a bad tree. Ce conte moderne à l’esprit utopique et révolutionnaire narre l’acharnement des hommes à vouloir détruire un “mauvais arbre“, finalement sauvé par une communauté humaine apaisée. À la différence de la fenêtre ouverte sur l’extérieur, celle-ci agit comme un véhicule à l’introspection.

EVA & ADELE

NEBELGLANZ
Néologisme de Goethe, “Nebelglanz“ pourrait se traduire “brouillard de clarté“. Le mot, propice au rêve, porte en lui une contradiction de sens. Il ternit et illumine à la fois, il cache et révèle, il inquiète et fascine. Il en est ainsi de l’acte créatif de ce couple qui fait de sa vie une œuvre. La peinture murale qui orne la chambre rouge conjugue force de l’expression plastique et œuvre purement conceptuelle, référence à l’amour, à la sexualité, aux rêves, au caractère éphémère de la vie.

SARAH FAUGUET ET DAVID COUSINARD

Saturnia Pyri
Sur le plancher de tomettes en chêne, une porte ouvre sur une trappe : le lit apparaît. En face, la cheminée monumentale en bois d’essences nobles, installe un sentiment ambigu, entre admiration et inconfort dû au danger potentiel d’une cheminée inflammable. La marqueterie qui l’orne s’inspire d’un motif relevé sur les ailes d’un papillon de nuit géant en voie de disparition, le Saturnia Pyri. Sa particularité : apprécier le climat de l’estuaire, s’alimenter peu et mourir juste après l’accouplement…

FREDERIC DUMOND ET EMMANUEL ADELY

Antichambre
En pénétrant dans l’espace, on ne trouve qu’un siège près de la fenêtre. C’est en observant plus attentivement les boiseries que des possibilités apparaissent. Un pan de mur devient lit, l’autre est un secrétaire, des niches ou un placard. C’est un lieu à activer, un livre à ouvrir, une page blanche à remplir. Perpétuant la tradition des boiseries classiques et des portes camouflées, les artistes-écrivains jouent avec notre curiosité, dévoilant ici et là des textes de leur composition.

JEAN-FRANÇOIS MORICEAU ET PETRA MRZYK

Est-il bien prudent d’envoyer des messages aux extra-terrestres?
La nuit, moment propice au mystère, aux angoisses, au rêve, colonise les murs de sa noirceur. Ici et là, des boîtes enferment d’étranges insectes tantôt effrayants, tantôt remarquables de beauté. Papillon de nuit, scarabée aux ailes irisées, phasme à l’apparence de brindille, un cortège des cinq continents invite à un voyage onirique. Les chevets, sculptés à l’effigie d’un homme barbu, figure fétiche des artistes, semblent exprimer des sentiments que l’on partage, joie, étonnement et fascination !